Les aventures de Killer Queen, avec en invitée vedette Marja, vingt mois et neuf dents au compteur.
Alors que nous vaquions à des activités hautement épanouissantes au supermarché du coin, et que j'avais déjà à supporter les regards emplis de pitié psychiatriques et de gêne estomaquée de plusieurs congénères qui devaient penser que je parlais toute seule à une marionnette chaussette imaginaire et par-là même que Marja était un meuble, voilà que Marja se prend d'une micro-colère rigolarde dont elle a le secret quand j'ose estimer qu'elle n'est pas encore pleinement linguistiquement compréhensible aux oreilles humaines francophones, et pousse quelques petits cris. Rien de dramatiques, j'ai la chance de ne pas avoir engendré une petite du genre bébé hurleur et la prétention de l'élever autrement que comme une petite reine sauvage gâtée, colérique et dégénérée. Cela dit, je suis passée du côté obscur de la poussette pour expliquer directement et calmement à la concernée que hurler ne se faisait pas, que c'était agressif, que je lui demandais d'arrêter tout de suite et que si tout le monde dans le supermarché criait comme elle, ce serait rapidement infernal. Éclat de rire de la petite intéressée et fin des hurlements pour une nouvelle tirade jargonnante sur les joies d'enlever ses sandales toute seule, tiens, Maman, si tu allais donc les récupérer au rayon jus de fruits.
Sauf que l'histoire ne s'arrête pas là. À peine avais-je regagné l'arrière de la poussette qu'une femme vêtue comme une institutrice mal ... conseillée, aux grosses lunettes cerclées de rouge dont les verres étaient visiblement homologués par Perrier se retourne, et dans un sourire bienveillant et "maternaliste" me déclare d'un ton docte : "Elle ne crie pas, elle s'exprime."
Alors hormis le fait que je sais reconnaître un cri, merci, et que j'estime que les enfants mal élevé-e-s devraient rester au coin et cogiter suffisamment longuement pour qu'on ait le temps de passer leurs parents à tabac, je ne supporte que très mal la tendance certes éternelle mais exacerbée en ces temps troublés par la télé dite réalité, la presse poubelle et les caméras de vidéo-surveillance (entre autres) de se mêler de qui ne nous regarde pas.
Cela dit, la question demeure : en lui faisant ingérer ses lunettes par le tunnel qui ne voit pas la lumière du jour, comme cela me dévorait l'âme mais qu'une répugnance à commettre crime ou délit sous les yeux de ma descendance a freiné de justesse, aurais-je pu plaider le fait que non, non, je n'agresse pas, je m'exprime ?
Je t'en pose, des questions, Dolto du dimanche ?

M'en fiche, ma fille est un génie.