Parfois
(mais alors vraiment parfois), la vie est merveilleuse. Je ne suis pas du tout une férue de télévision, loin s'en faut. Mieux encore, je ne l'avais pas par choix délibéré jusqu'à ce qu'
Alkayl, violent canard geekoïde, s'installe avec au motif qu'il fallait bien un support pour les consoles de jeu de salon. Imparable.
Dont acte, donc.
Mais vraiment, je la regardais très peu, me lamentant même de payer une redevance pour pouvoir regarder les informations, faire chauffer Gamecube ou autre PlayStation, regarder des DVD choisis et parfois me lobotomiser devant une bêtise infâme. Jusqu'à ce fatidique soir du 11 septembre où, loin des commémorations solennelles de ce-que-vous-savez ou des théories fumeuses de complots en carton par des humoristes que l'on souhaite avinés et que l'on sait sans cervelle, je fus prévenue par mon Juju que je remercie mille et une fois que
NoLife débarquait dans notre vie.
Depuis, pour reprendre l'expression d'une amie qu'il ne faut pas trop embêter parce qu'elle sait manier les seringues, je "fume la vie" et regarde la télé de mon plein gré avec envie et même avec avidité.
Je suis joie et félicité dans mon bien-être intérieur. Alkayl est limite pire. Pour les non-intié-e-s et les gens normaux, NoLife, c'est la chaîne des geek-ette-s, des nerd-ette-s, des nolifes, des rebuts dont on se moquait à l'école parce qu'ils et elles aimaient lire, apprendre, parce qu'ils et elles portaient des lunettes et/ou avaient des boutons, parce qu'au lieu d'aller en boîtes ou en booms, ils et elles préféraient se gaver de japonaiseries et de science-fiction et de jeux de rôles, parce qu'ils et elles aimaient se retrouver chez eux et elles au lieu de faire la tournée des Pimkies et Décathlon, parce qu'ils et elles n'avaient souvent rien contre le sport mais préféraient entraîner leur tête et collectionner les pires saletés : figurines, dés, comics, BD et mangas, objets collectors et atelier de chimie de voyage, parce qu'ils et elles versaient dans les nouvelles technologies informatiques et jeux vidéos comme d'autres versaient dans la collection de pelles foireuses échangées à la fin des cours.
La seule chose à laquelle les "populaires", les stars des écoles n'avaient pas pensé, c'est que nous étions plus nombreux-ses, et que de ce fait, nous avons gagné. En effet, aujourd'hui, je ne suis pas sûre qu'il existe une chaîne et une culture (PAN !!)
voire même un avenir souriant pour Stéphanie la fille trop cool de 4ème D habillée en Naf-Naf et le brushing en béton aujourd'hui éternelle apprentie coiffeuse aux histoires instables à grands renforts de mecs foireux mais qui se console en écoutant Pascal Obispo ou pour Jérôme, illettré du dernier rang et tombeur de ces demoiselles en veste fashion à épaulettes aujourd'hui chômeur longue durée mais accro au tuning et très fier d'être le seul trentenaire à danser la tektonik en boîte.
Je suis vengée ! Brain wins, flawless victory !
A côté de cela, le succès des Simpson et de la licence Batman possède aujourd'hui un aspect rigolo, quand on se souvient de la solitude éprouvée à savoir ce qu'était un superhéros au collège ou aux remarques perfides : "pfff, ton dessin animé ricain à la con, ça ne marchera jamais, les personnages sont jaunes, c'est trop débile !"
Il est venu le temps de notre revanche. Cette culture étiquetée marginale et bizarre est celle d'un grand nombre de gens en perpétuelle effervescence et sans complexe (parce qu'il y en a marre !), et est par conséquence celle d'une bande de détraqué-e-s qui a créé cette chaîne unique que j'aime d'amour : NoLife.
E.T. a trouvé sa maison !
Les préjugés des gens qui se veulent les garant-e-s de l'équilibre d'une société de gentils boeufs résignés sont cela dit tenaces. Je me souviens encore de cette conversation paranormale avec une 'gentille' dame de chez mon opérateur coloré qui démarchait dans l'espoir de me placer des chaînes payantes à l'envi. Morceaux choisis
(avec pensées en temps réel non-formulées en italiques) :
"Vous avez des enfants ? Oui ? C'est merveilleux
(merci, moi aussi je trouve) parce qu'on a plein de chaînes jeunesses comme TéléToon ou même BabyTV !"
Alors tu vois, si tu m'avais demandé avant, jeune esclave sous-payée et limitée, je t'aurais dit tout net que je n'allais pas payer pour faire de ma fille une décérébrée de canapé, et que de plus, à quelques mois, la télé, on s'en bat un peu la couche. De plus, Marja n'est accro qu'à la météo.
"Et nous avons aussi des chaînes sport à des prix dérisoires
(dès que c'est plus cher que gratuit, ce n'est pas dérisoire). Peut-être que cela vous intéresse, Monsieur aime le sport ?"
Merci Madame pour cet intermède sexiste et normatif, dans ma vie, cela commençait à cruellement manquer. Connasse !
"Sinon, puisque nos offres ne vous correspondent pas
(bravo, Madame Sherlock !), pouvez-vous me dire s'il y a des chaînes qui vous correspondraient et que je n'ai pas mentionnées ?
- La seule à laquelle je pense serait NoLife.
- ... Euh, c'est quoi NoLife ?
(Tout de suite moins commerciale et plus trop syntaxiquement organisée quand on ne lit plus son écran !)
- Une chaîne spécialisée dans les mangas, l'informatique et la culture japonaise, en gros.
- Ah...
Ce genre de chaîne, donc.
- Oui, parfaitement,
ce genre de chaîne !"
(Tu as un problème, tu préfèrerais André Rieu TV, connasse ? Je l'ai déjà dit ? Oui, mais quand même.)
N'empêche que bon, je ne dois pas être la seule déviante à réclamer
ce genre de chaînes, parce que nananère ! Et si tu n'es pas contente, Madame, je pourrais te dire tout le bien que je pense de ton boulot, du point de vue épanouissement personnel et droits des salarié-e-s.
En tous cas, je chante l'eau et le lait et suis enfin réconciliée avec la télévision. Ainsi qu'avec une partie de mon adolescence.